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Avatar de Jési  - Policier en patrouille

Quand le dernier client fut parti, Madame Rita souffla les chandelles une à une.

L'encens continuait de flotter dans la pièce, mais sans personne pour le respirer. Elle retira son turban. Une poignée d'épingles tomba sur la table. Dans le miroir, son visage semblait soudain plus vieux. Sans le personnage, il ne restait qu'une femme fatiguée. Elle ramassa lentement les cartes. L'Amoureux. La Lune. L'Hermite. Elle les connaissait par cœur. À force de les raconter aux autres, elle avait fini par leur inventer une vie. Elle savait. Bien sûr qu'elle savait. Elle savait qu'elle ne voyait pas l'avenir. Elle savait qu'elle devinait plus qu'elle ne prédisait. Qu'un silence, une alliance, une hésitation, une main nerveuse racontaient souvent davantage qu'une boule de cristal. Elle savait aussi que certains avaient besoin qu'on leur dise simplement que demain serait un peu moins lourd qu'aujourd'hui.

Et puis il y avait elle. Depuis des années, elle racontait aux autres les rencontres qu'ils feraient.

Les voyages.Les secondes chances.Les grandes histoires d'amour.Elle s'était raconté la sienne si souvent qu'elle avait fini par y croire.Le soir, en fermant la porte, elle imaginait toujours le même homme.Parfois brun.Parfois chauve.Parfois grand, parfois plus petit qu'elle.Peu importait, au fond.

Il devait seulement pousser cette porte un jour, non pas pour connaître son avenir, mais pour lui demander comment s'était passée sa journée.Elle sourit malgré elle.Demain, elle annoncerait encore à une inconnue qu'un grand amour approchait.Et pendant quelques secondes, en prononçant ces mots, elle oublierait que c'était peut-être à elle-même qu'elle essayait de les faire croire.Elle éteignit la dernière lumière.

Dans la rue, personne ne l'attendait.

Avatar de 🜁 LE VERBE VERTICAL 🜅

Votre texte m’a bien fait rire à plusieurs passages.

Ce que je trouve assez réussi, c’est que le narrateur prend paradoxalement la scène très au sérieux, mais justement assez au sérieux pour en dégonfler toute la gravité. Il observe le décor, les gestes, les silences, les formules, les effets de théâtre, et chaque fois que la voyante tente d’imposer une aura de mystère, son regard vient ramener la scène à quelque chose de beaucoup plus humain, presque burlesque.

Au fond, je me suis même demandé si le véritable voyant du texte n’était pas moins la voyante que le narrateur lui-même.

Non pas parce qu’il prédirait l’avenir, mais parce qu’il semble voir bien plus que ce que la voyante prétend voir : les ficelles, les postures, les projections, la mise en scène, et surtout cette manière qu’ont certains récits extérieurs de vouloir écrire notre histoire à notre place.

La chute fonctionne très bien pour cette raison : elle ne se contente pas de se moquer de la voyance, elle reprend la souveraineté du récit. Prédire l’avenir devient secondaire ; ce qui compte, c’est de ne pas laisser quelqu’un d’autre nous confisquer la plume. 🪶

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